Tout le monde peut être un combattant

Si vous êtes un fidèle lecteur de notre blog, je constate que vous suivez l’épidémie d’Ebola depuis presque un an, bien avant que le premier américain soit tombé malade et bien avant que le virus soit arrivé sur le territoire américain. Vous avez été attentif parce que vous venez d’Afrique de l’ouest (par naissance, adoption ou association), quelqu’un que vous connaissez bien a vécu ou vit dans la région, ou bien vous êtes un entrepreneur social, bien conscient des forces dans notre monde qui fournissent les solutions innovantes. Donc, comme nous tous à l’association Osez Innover, vous avez sans doute été ravis de voir les combattants d’Ebola nommé « la personne » de l’année par Time Magazine.

Il y a beaucoup de choses qui ont été bien présentées dans ce choix et elles étaient  exprimées avec éloquence par Nancy Gibbs dans son article “The Choice” et  l’article complet aussi vaut bien une lecture. Moi, je veux me focaliser sur le mot « les combattants ». Time ne reconnait pas seulement les médecins ou les agents de développement. Il ne reconnait pas seulement le travail d’une organisation spécifique comme Médecins Sans Frontières ou Samaritain’s Purse. Il reconnait tous les combattants d’Ébola, les médecins et  infirmiers bien sûr, mais aussi les femmes comme Fatu Kekula qui a fabriqué son propre équipement de protection individuelle pour traiter sa famille et les filles de West Point au Liberia  qui vont de porte à porte dans leurs communauté pour éduquer la population, les staffs locaux de Corps de la Paix, restés sans volontaires d’appui, qui utilisent maintenant leurs propres outils pour se former en éducation communautaire partout dans les régions, les défenseurs sur les deux côtés de l’océan Atlantique qui ont essayé de sonner l’alarme depuis mars 2014. Vous êtes tous reconnus et célébrés et cela est bien mérité.  Mais cette reconnaissance n’est pas la médaille d’or reçu à la fin d’un concours. Il est le rugissement de la foule alors que vous complétez votre premier de nombreux tours de piste ; celui qui vous met en avant pour la première fois.

La lutte contre ce virus est en cours et nous avons besoin de beaucoup plus de gens qui accepteraient de se joindre à ce groupe de combattants. Si vous êtes médecin d’expérience, considérez la possibilité d’aller sur le terrain pour traiter les patients ou pour former les médecins et infirmiers locaux sur la manière de circonscrire le virus. Les infrastructures médicales Ouest-Africaines ont été décimées par cette épidémie et sans personnel qualifié, des maladies comme la malaria dont l’impact ont été significativement réduits pourraient refaire surface.

Si vous en avez les moyens, vous pouvez aussi faire un don charitable, aussi petit soit-il, au National Peace Corps Association Ebola Fund qui permettra, à travers des connections locales, de distribuer ces fonds à des organisations qui les utiliseront de manière utile. Prenez également le temps de vous renseigner sur le virus Ebola, son origine, ainsi que sur les éléments qui le rendent si dangereux.

Mon objectif premier est la création d’emploi. L’impact économique de cette épidémie est énorme. La Sierra Leone s’attend à un taux de déflation estimé à 30%. La Guinée, qui était sur le point d’entamer une importante croissance économique grâce au secteur minier, va au contraire enregistrer une croissance négative. Au Liberia, le nombre d’emplois disponibles a chuté de près de 50% à cause de la fermeture des marchés et de nombreuses entreprises locales. A Osez Innover, nos propres entrepreneurs ont connu des difficultés. Pensant que son affaire pourrait être un vecteur de propagation de la maladie, Ibrahim Camara a dû remettre à plus tard l’ouverture de ses toilettes publiques à composte. Fatoumata Diallo a dû quant à elle fermer son école à cause d’une ordonnance nationale qui  a requis la fermeture de toutes les institutions scolaires. Nous en sommes à près d’une année que des masses de jeunes étudiants ne sont pas allés à l’école. Abe Chen qui est volontaire à Osez Innover est actuellement en Guinée pour assister nos partenaires locaux à entériner un projet de media mobile qui permettrait la distribution de vidéos éducatives par le biais de téléphones. Nous espérons aussi organiser notre seconde conférence dans les six mois à venir.

La personne de l’année est souvent quelqu’un issu du pouvoir ou une célébrité. Ceci est une rare opportunité pour chacun d’entre nous de devenir cette personne de l’année. Aux entrepreneurs sociaux, nous avons besoin de vos innovations collectives, durables et humanistes qui permettront d’éradiquer Ebola et les multiples problèmes socio-économiques  que le virus a apporté. Comment allons-nous réinscrire toute la jeunesse à l’école et rattraper le temps perdu ? Comment allons-nous nourrir les populations alors que la majorité des cultures ont été réduites à néant. Comment trouver le capital pour financer les entrepreneurs qui auront besoin de rouvrir leur commerce ? Comment construire une infrastructure médicale digne de ce nom avec des capacités de réaction contres des maladies aussi dévastatrices qu’Ebola.

Je vous implore de devenir ce combattant.