Richesses Au Royaume Des Bananes

Il y a quelques jours, je me suis arrêtée dans un magasin à Michigan pour acheter une banane. Comme j’étais fraîchement de retour d’un séjour de plus de deux ans et demi en Guinée, je me suis dis qu’à défaut d’une délicieuse mangue, comme celles qu’on cueillait dans le jardin en saison des pluies, un banane pourrait faire l’affaire.

La banane était jaune, un peu plus fine et beaucoup plus longue que celles dont je me souvenais outre-Atlantique. C’est avec un certain scepticisme que j’ouvrai la pelure pour prendre un morceau… Rien! Aucun gout! J’essayai de trouver l’origine de ces bananes au goût de carton pour ne plus jamais en acheter mais il n’y avait aucune indication. Une pauvre banane sans origine! Sans doute la raison de son goût fade.

Je me remis à rêver de ces bananes guineennes au goût robuste et sucré, à la pelure parfois verte ou encore à la petite variété de bananes avec leur formidable arrière-goût acidulé. Je n’avais d’autre choix que d’abandonner ma banane pour les clients sans papilles gustatives.

Ironiquement, ce jour-là, ma copie du magazine National Geographic avait en titre:

“2 MILLIARD DE PERSONNES EN PLUS A NOURRIR À PARTIR DE 2050. LES TERRES FERTILES DE L’AFRIQUE POURRONT-ELLES NOURRIR LE MONDE?”

Je me mis a sourire. Le sol guinéen est extrêmement fertile. Ses bananes sont succulentes et je voudrais que le monde entier puisse les goûter.

Une brève synthèse de l’article pourrait se faire de la manière suivante. Comme les “nations développées” accélèrent leur rythme de croissance, les populations continuent à s’accroître et l’accès aux terres cultivables devient plus difficiles. Par conséquent, ces pays développés, certains par le biais de sociétés multinationales, achètent des hectares et des hectares de terre à vil prix sur le continent le plus pauvre – l’Afrique. En anticipation de cette demande, des mega-plantations de maïs, de soja, de grains et autres commodités sont produits pour être importé par les pays industrialisés.

Miguel Bosch, un agronome argentin qui gère près de 25,000 hectares de plantations de soja au Mozambique, a peut-être eu la meilleure expression: “si tu écrivais à Dieu Lui-Même pour Lui demander le meilleur sol et le climat le plus favorable à la culture, c’est ce qu’Il t’enverrait. C’est un paradis pour les fermiers. J’ai fait le même travail au Brésil et en Argentine mais je n’ai jamais vu un sol aussi propice à la culture qu’[en Afrique].

Malgré cela, l’agriculture est un domaine qui laisse à désirer en Afrique. Les chiffres de production sont très faibles: aux États-Unis, en Chine ainsi que dans la zone Euro, un agriculteur génère une productivité d’à peu près  7.3 tonnes/hectare de terre alors qu’un agriculteur africain ne produit qu’un 1.2 tonnes/hectare. Limités par une mauvaise infrastructure, des marches instables, de la mal-gouvernance et, au pire, des guerres civiles, les agriculteurs africains ne produisent que le sixième de ce qui se produit dans les pays développés.

Avec le quart des terres cultivables dans le monde, comment l’Afrique va t-elle exploiter cette richesse? Des investissements à long-terme et à grande échelle seront-ils nécessaires pour mettre le secteur à niveau? Faudra t-il sauvegarder les agriculteurs locaux en leur pourvoyant une formation?

Sur les 40 dernières années, la révolution écologique qui a apporté les fertilisants, l’irrigation moderne et les semences à haut rendement n’ont jamais vraiment pris racine en Afrique. Aujourd’hui, les experts de la FAO prédisent qu’un investissement de $83 milliard par an dans le secteur agricole africain sera nécessaire pour nourrir une population additionnelle de 2 milliard d’habitants dans le monde d’ici 2050.

Des pays comme le Mozambique, la Zambie, le Libéria et l’Étchiopie essaient de trouver la meilleure formule pour développer leurs secteurs agricoles respectifs. Il s’agit notamment de sauvegarder les terres cultivables, de renforcer et d’étendre les marchés, d’accroître la productivité, mais aussi et surtout de former les agriculteurs locaux dans la gestion des affaires pour garantir un flux d’investissement ainsi que des pratiques agro-industrielles viables.

Quel est le secret d’un secteur agro-industriel solide qui repose sur une communauté locale?

“Il faut tenir ses promesses”, répond Dryes Gouws, ancien chirurgien devenu agriculteur en Zambie. “L’argent n’est pas tout”.

Dans un monde parfait, transformer l’Afrique en “panier a nourriture” pour le reste de la planète aurait des conséquences positives à tous les niveaux: une sécurité alimentaire, de la création d’emploi et d’infrastructures.

Osez Innover suit une logique similaire avec la mise en place du programme “Incubateur Agropreneur” qui devrait démarrer l’an prochain. Le futur de la Guinée ne se trouve pas dans sa capitale mais dans les vastes et fertiles régions du pays qui permettent la production de ses merveilleuses bananes.

 

Osez Innover…Et osez cultiver!

 

Hilary Braseth
RPCV Guinée (2011-2014)