Reinventez l’inclusion financière

Lorsque j’étais une jeune universitaire avec sa license, je me souviens avoir lu le livre “Banquier des Pauvres” et je me suis dis: Voici la solution à la pauvreté dans le monde! Bien sur, Mohammed Yunus n’est pas un américain mais son concept de la microfinance est apparu, pour moi, comme une opportunité pour le reste de la population mondiale d’avoir accès à une part de ce rêve que l’on appelle le rêve Américain. À travers des mini-crédits, la microfinance pourrait atteindre les laissés-pour-compte et tous ceux qui le voudraient, pourraient s’engager dans les affaires. C’était formidable! J’étais prête à m’engager corps et âme dans le domaine.

Mon expérience m’a ensuite emmenée en Republique de Guinée ou j’ai travaillé avec les personnes que la microfinance était censée aider. J’ai entendu les mésaventures de clients qui remboursaient des montants sur leurs intérets superieurs à celui du principal. J’ai vu de jeunes entrepreuneurs qui cherchaient un financement pour démarrer un commerce plein d’avenir avec un plan d’affaires bien éxecuté mais ils se voient nié le financement à cause de leur âge. J’ai vu des institutions de microfinance publiquement humilier certains de leurs clients qui étaient en retard sur leurs paiements. Encore et encore, j’entends dire que les micro-crédits rendent les pauvres encore plus pauvres. Vraiment, la microfinance n’est pas une panacée! Qu’en pensez-vous?

Mon expérience personnelle avec la microfinance a été validée par un récent article dans le Wall Street Journal basée sur une étude parue dans le American Economic Journal: Applied Economics. Dedans, six résultats independants qui ont été accomplis dans le monde entier sont publiés qui concluent que les micro-credits ne sont pas un outil qui permet la reduction de la pauvreté. Il n’indique pas d’améliorations sociales telles que la valorisation des femmes ou l’éducation des jeunes enfants. Conclusion: “la microfinance ne permet pas aux populations pauvres d’améliorer leurs conditions de vie”. Je ne pense pas que la conclusion de l’étude que j’ai mentionnée soit que la microfinance est mauvaise et qu’elle doit être abandonée. Alex Counts, Président et Directeur Executif de Yunus Grameen Foundation, fait la remarque que dans les études les plus négatives du concept, pres de 10% des clients connaissent une augmentation substantielle de leurs salaires tandis que les autres clients ne souffrent pas du crédit. Ces 10% sont probablement les principaux employeurs et éducateurs dans leurs pays. Améliorer le bien-être social de 10% de la population vaut mieux que 0%. Mais comment pourrions-nous améliorer ce rendement à 75% ou 100%?

Pour moi, il y a trois principaux éléments à intégrer:

1. Changer le visage de l’évaluation de l’impact. Avec la facilité d’accès à la technologie mobile, les exercises d’évaluation ne doivent plus une corvée entreprise tous les 12 mois pour pouvoir faire une requête de fonds ou pour remplir une section sommaire dans un rapport annuel. Une évaluation peut se faire en temps réel, de manière intégrée, et permet une réaction immédiate.

2. L’accès n’est pas une question de géographie. Au départ, la microfinance a été mise en place pour des groupes de villageoises qui se sont organisées en communautés. Les plus vieilles institutions de microfinance en Guinée se font connaitre par le nombre de branches qu’elles ont dans les sous-préfectures. Aujourd’hui, la majorité de la population dans les pays en développement sont les jeunes dans les villes urbaines. Ils sont de plus en plus connectés aux services virtuels (voir Kiva Zip). Le concept a créer est celui qui ciblera le profil du jeune entrepreneur urbain, mobile, qui n’a pas peur de prendre des risques. Négliger cette partie de la population serait d’oublier le plus grand potentiel économique de développement.

3. Un mandat pour l’innovation. Souvent, la créativité est perçue comme un impératif pour les entreprises technologiques et celles avec un important budget de recherche. La microfinance a connu peu de développements durant les 20 dernieres années. Si la microfinance doit attirer de nouveaux investisseurs et de nouveaux clients, le concept doit pouvoir créer une nouvelle expérience pour ces utilisateurs tout en usant de nouvelles technologies avec une série produits.

Grace à la microfinance, l’héritage de Mohammed Yunus sur le monde est immense. Je dois dire qu’il a eu un impact tangible et positif sur le monde. Pour les sociétés anciennes, domestiquer les chevaux pour ensuite les utiliser comme moyens de voyage étaient une innovation qui a amélioré les conditions de vie et les économies. Mais si on s’était arreté la, nous n’aurions pas eu la moto, la voiture ou l’avion. Faisons en sorte que la microfinance ne soit pas le cheval. Quelles seront les prochaines idées qui vont chambouler la finance sociale? C’est le système entier qui doit être repensé si nous devons améliorer le rendement de 10% à 100%. Comment repenseriez-vous une reinvention complète de l’inclusion financière?

P.S. la dernière question demande que vous proposiez des solutions. Vos commentaires sont les bienvenus à twitter @DaretoInnovate #financialinclusion.