Entrepreneuriat social: rectifier la déconnexion en éducation

En l’honneur de la culmination de la plus récente Conférence pour l’entrepreneuriat social, en Guinée, nous repensons à nos débuts—ce post a été publié sur Idées pour le Développement.

Les systèmes éducatifs traditionnels préparent mal les élèves du monde en développement aux réalités des économies émergentes. Il faut changer les mentalités, adapter les méthodes et les contenus afin de doter les jeunes des compétences et de l’envie de créer des entreprises sociales adaptées à leur environnement et à notre économie mondialisée et dynamique.

L’éducation, en décalage avec les besoins du monde

Le monde change. Les nouvelles technologies renforcent l’interdépendance des économies. L’éducation fournie aux jeunes doit également évoluer. Elle doit les préparer. Mais dans certains pays, il existe un décalage de plus en plus important entre la formation dispensée et les opportunités économiques qui sont offertes aux populations.

La Guinée se classe 178e sur 187 dans l’Indice de développement humain (IDH) des Nations Unies. Le pays tarde à s’adapter à la mondialisation, un point reconnu non seulement par les les chefs d’entreprise guinéens, mais également par les autorités guinéennes qui, par la voix du ministère de la Jeunesse, constate que « 70 % des moins de 25 ans (quel que soit leur niveau d’éducation) sont sans emploi. Le chômage et le sous-emploi s’expliquent par le décalage entre les besoins de l’économie guinéenne et la formation dispensée aux jeunes ». Concrètement, la plupart des jeunes guinéens n’ont jamais touché un ordinateur. Sans ces compétences, ils ne peuvent espérer s’insérer dans un marché du travail mondialisé.

Apprendre aux jeunes à entreprendre

Entreprendre doit être le mot-clé. Par manque de débouchés économiques, les jeunes deviennent aujourd’hui entrepreneur. Ils sont le moteur de l’économie de leur pays, mais il n’ont pas suivi de formation adéquate à la gestion d’entreprise. Dans le système éducatif guinéen, la formation à la création d’entreprise, quand elle existe, n’est proposée qu’à l’université. Pour avoir des résultats, il faut agir bien plus tôt.

Ce constat est en Guinée à l’origine de la création du Programme de formation des jeunes à la création d’entreprise (Youth Entrepreneurship Training Program, YETP) et du mouvement Osez innover. Le YETP, qui a été conçu et mis en œuvre avec des partenaires guinéens, initie les jeunes à l’entrepreneuriat et leur donne des outils pour créer et développer leur propre entreprise. Bien que les statistiques sur les résultats de ce programme soient toutes récentes, il ressort d’un échantillon d’étudiants de la communauté de Kindia que 33 % des diplômés avaient démarré une activité génératrice de revenus au bout de 3 mois et que 38 % étaient en phase de recherche active ou de planification. En créant leur propre activité, ces jeunes peuvent non seulement pourvoir à leurs besoins et à ceux de leur famille, mais ils ont aussi la fierté d’être responsables d’une petite entreprise.

Chris Pic

Chris Austin avec les diplômés du Programme de formation des jeunes à la création d’entreprise

Une formation structurée donne aux entrepreneurs les moyens d’analyser, de concevoir une stratégie et de créer des entreprises plus rentables. Cette augmentation du revenu nourrit les créations d’emplois, renforce la sécurité alimentaire d’une ou de plusieurs familles, facilite l’accès aux soins de santé et à l’éducation, stimule la participation citoyenne, etc.

Il faut penser social

Le décalage éducatif n’est qu’un des multiples problèmes ciblés par les programmes de développement. Un programme peut difficilement répondre à tous les besoins d’un pays, mais en promouvant l’entrepreneuriat social, nous pouvons donner aux chefs d’entreprises locaux les moyens de devenir les acteurs les plus efficaces du développement : des entrepreneurs sociaux.

Les entreprises sociales répondent à un besoin en accordant un poids égal à l’impact sur les personnes, aux profits et à l’environnement (physique et social) dans les décisions managériales.

La Guinée a demandé une aide de 26,1 millions de dollars au gouvernement américain en 2013. Malgré ces investissements, le système d’aide actuel ne suffira pas à sortir les Guinéens de la pauvreté. Le pays accuse un retard de développement sur les autres pays de la région. En s’appuyant sur le programme YETP, notre équipe de volontaires formera les jeunes les plus dynamiques pour lancer Osez innover. Ils auront pour mission de créer une communauté d’individus et d’entrepreneurs à vocation sociale qui favorisera la circulation des idées, des connaissances et des ressources en promouvant le mouvement de l’entrepreneuriat social en Guinée.

Car bien que peu développé en Guinée, l’entrepreneuriat social connaît déjà un grand succès en Afrique. Au Nigeria par exemple, l’entreprise DMT Mobile Toilets fondée par Isaac Durojaiye a non seulement apporté un rendement intéressant à son fondateur mais, à travers son modèle de franchise, elle a aussi permis d’installer 22 000 WC et a donné un moyen de subsistance à des milliers de franchisés, principalement des femmes marginalisées. De plus, sur un continent où 1,5 million d’enfants meurent chaque année des complications de diarrhées aiguës, le bénéfice en terme de santé publique est colossal.

Malheureusement pour la Guinée, une recherche dans la base de données des entrepreneurs sociaux de la Fondation Skoll et sur le site Internet du Dell Social Innovation Challenge ne produit aucun résultat dans le pays. Faute d’accès aux ressources informatiques, la population n’est pas exposée aux nouveaux modes de pensée. Osez innover souhaite changer cette situation en confrontant les jeunes à des idées innovantes et en leur donnant les compétences et l’accès pour poursuivre les recherches eux-mêmes.

Investir dans les entrepreneurs sociaux, c’est leur donner les moyens de stimuler la croissance économique durable et de lutter contre les problèmes sociaux. L’entrepreneuriat social participe du développement durable et nous devons donner aux jeunes les outils nécessaires pour réussir là où les millions de dollars d’aide étrangère directe ont échoué. En modifiant le système éducatif ou en déployant des programmes complémentaires, nous devons chercher à développer chez les jeunes les compétences entrepreneuriales, introduire une pensée prosociale, et aider le pays à réaliser ses objectifs de développement.

Emma Schaberg O’Brien est la fondatrice et Directrice des Communications d’Oser Innover Conseil. Elle croit que grâce aux progrès technologiques et systématiques, nous avons le pouvoir de construire un avenir meilleur pour tous – et que cet avenir sera conduite par les jeunes Changemakers. Connectez-vous avec Emma par @DaretoInnovate, @Emmasobrien ou emma@daretoinnovate.com